Thon rouge : une décision qui pénalise la pêche artisanale qu’elle prétend soutenir
Le Bureau du CNPMEM a voté un avis défavorable au projet de la ministre, qui attribue les deux tiers de la flexibilité interannuelle à l’Atlantique. SATHOAN alerte : plus de 130 tonnes détournées de la Méditerranée, au détriment des petits métiers.
Le Bureau du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) a émis ce jour un avis défavorable au projet d’arrêté du ministère chargé de la pêche portant répartition de la flexibilité interannuelle du quota de thon rouge pour 2026. SATHOAN partage sans réserve cet avis et souhaite en exposer publiquement les raisons.
De quoi parle-t-on ?
La flexibilité interannuelle correspond aux quantités de quota non consommées une année et reportées sur la suivante, dans les limites fixées par la réglementation internationale. Pour 2026, la France a obtenu un report de 234 tonnes. Le projet ministériel propose d’en attribuer 66 % à la façade Atlantique et 33 % seulement à la Méditerranée — alors que la Méditerranée supporte près de 89 % du quota national de thon rouge.
Rapportée à la clé de répartition appliquée jusqu’ici, cette enveloppe aurait attribué à la Méditerranée de l’ordre de 208 tonnes. Le projet l’en prive d’environ 131 tonnes. Cette perte frappe directement et intégralement les petits métiers actifs : canneurs, ligneurs et palangriers, c’est-à-dire la pêche artisanale.
Un paradoxe au regard du discours public qui met en avant le soutien à la petite pêche artisanale méditerranéenne. La décision produit l’effet inverse : ce sont plus de 140 entreprises artisanales, des emplois directs et indirects, et l’activité de nombreux ports méditerranéens qui en supporteront le coût — au moment précis où l’ensemble de la filière, du navire à la criée, du mareyage au poissonnier, traverse une crise économique profonde.
Depuis près de vingt ans, les pêcheurs méditerranéens ont accepté les efforts considérables demandés par l’État et par l’ICCAT pour reconstituer le stock de thon rouge. Cette réussite, aujourd’hui unanimement saluée, s’est traduite chez nous par des certifications environnementales, des partenariats scientifiques et des innovations de sélectivité. Que les professionnels qui ont le plus contribué à ce succès figurent parmi les premiers pénalisés est incompréhensible — et davantage encore lorsque l’État appelle, dans le même temps, la filière à poursuivre sa transition écologique.
Un revirement sans justification
Pour la première fois depuis la reconstitution du stock, les règles nationales de répartition seraient modifiées au détriment de la Méditerranée. L’administration avait pourtant appliqué la clé proportionnelle pour la flexibilité 2025, puis l’avait reconduite pour le quota initial 2026. Rien — ni le cadre juridique, ni les données scientifiques — ne peut justifier son abandon en cours d’année.
Il y a là, enfin, un principe qui dépasse le seul thon rouge. Les entreprises de pêche investissent, recrutent et transmettent leurs navires sur la foi de règles supposées stables. Modifier ces règles par une décision discrétionnaire fragilise la confiance entre l’État et les professionnels — et décourage précisément la gestion responsable qui permet de dégager cette flexibilité. En démocratie, ce n’est pas à ceux qui ont fait le succès de reconstitution du stock de justifier le maintien des règles : c’est à l’administration d’établir pourquoi elle entend s’en écarter.
Notre demande. SATHOAN demande que la flexibilité interannuelle 2026 soit répartie selon la clé proportionnelle appliquée jusqu’ici, chaque façade recevant une part proportionnée à son quota, et que tout autre choix soit objectivement justifié, rendu public et débattu avec la profession avant toute décision.
La pêche artisanale méditerranéenne a tenu ses engagements. Elle est en droit d’attendre de l’État cohérence, équité et transparence.