Nouvelle publication
Fisheries Research · octobre 2026

Ce qui se passe au bout de l’hameçon, enfin mesuré

Des capteurs fixés sur les palangres ont suivi, seconde par seconde, le comportement des poissons depuis la morsure jusqu’à leur arrivée à bord. Une première, menée avec les pêcheurs de la SATHOAN.

SMARTSNAP le capteur sur la ligne

40
poissons suivis de la morsure jusqu’au bord

15
espèces différentes, ciblées ou accessoires

15
sorties de pêche commerciales équipées

2
pêcheries : golfe du Lion et La Réunion

À la palangre, chaque hameçon pêche seul, loin du bateau, parfois pendant des heures. Ce qui s’y passe restait jusqu’ici invisible.

Jusqu’à présent, on ne connaissait l’état d’un poisson qu’une fois hissé à bord, grâce à une prise de sang. C’est une photo prise au pire moment, qui oblige à manipuler l’animal. L’étude publiée par la SATHOAN et ses partenaires scientifiques change d’approche : on n’équipe plus le poisson, on équipe la ligne.

1
Le dispositif

Un petit boîtier qui écoute la ligne

ligne mère capteur avançon
Il s’accroche comme un émerillon
Le pêcheur le fixe sur la ligne mère et y attache son avançon, sans rien changer à sa façon de travailler. Lesté, il ne fait ni couler ni flotter la ligne.

Il enregistre tout, en continu
Plus de 60 mesures par seconde, de la mise à l’eau jusqu’au retour à bord :
profondeur
secousses
direction (boussole)
rotation
température

Le poisson n’est jamais touché
Aucun marquage, aucune manipulation : tout se lit dans les mouvements transmis à la ligne.

2
Ce que voit le capteur

La vie d’un hameçon, en cinq temps

Le graphique ci-dessous montre la profondeur du capteur pendant une sortie : la surface est en haut, le fond en bas, le temps s’écoule de gauche à droite. Chaque étape laisse une trace reconnaissable.

Surface 30 m 60 m la morsure 1 2 3 4 5 temps →
1 · Mise à l’eau
Le capteur descend avec la ligne jusqu’à sa profondeur de pêche.

2 · Attente
Rien n’a mordu : la ligne est stable, le signal reste calme.

3 · Combat
Ferré, le poisson tire la ligne vers le fond, remonte, recommence : chaque pointe est une plongée.

4 · Fin du combat
Si l’animal meurt sur la ligne, les plongées cessent et la profondeur se stabilise.

5 · Virage
Le pêcheur remonte la ligne : le capteur regagne la surface d’un trait.

Illustration simplifiée, d’après la figure 3 de l’article. Selon les poissons, la phase de combat a duré de 3 minutes à 19 heures.

3
Premier résultat

Le thon sprinte, le requin tient la distance

Chaque espèce a sa propre façon de se débattre. Le contraste le plus net oppose le thon rouge, espèce ciblée, et le requin peau bleue, prise accessoire. Les barres comparent l’agitation du poisson au début et à la fin du combat.

Thon rouge · 7 individus
Le sprinteur

Peu de plongées (9 au plus), mais très puissantes au départ. Puis il faiblit vite.

Amplitude des mouvements
début
fin
Rythme des mouvements
début
fin
↘ L’épuisement arrive tôt

Requin peau bleue · 4 individus
L’endurant

Des dizaines de plongées plus courtes (jusqu’à 72), et une agitation qui augmente avec le temps.

Amplitude des mouvements
début
fin
Rythme des mouvements
début
fin
↗ Aucun requin ni raie mort sur la ligne

Tendances moyennes par plongée, sur une échelle commune aux deux espèces, d’après la figure 6 de l’article.

4
Deuxième résultat

Le capteur voit venir l’épuisement

Chez les thons, le comportement au bout de la ligne permet de distinguer ceux qui survivent de ceux qui meurent avant d’être remontés. Les deux profils ne se ressemblent pas.

Le thon qui survit

  • Plongées de moins en moins profondes
  • Mouvements qui se calment progressivement
  • Arrive vivant au bateau
Le thon qui meurt sur la ligne

plus de mouvement

  • Plongées plus profondes et plus longues
  • Mouvements plus amples et plus rapides
  • Puis plus rien : l’animal est mort sur la ligne

Profils simplifiés, d’après l’analyse statistique des plongées (figure 8 de l’article). Même tendance observée chez l’albacore et le germon à La Réunion.

!

Des résultats à confirmer. Les effectifs sont encore faibles : 7 thons rouges, 4 requins peau bleue, et plusieurs espèces représentées par un seul individu. Le lien entre comportement et épuisement reste une hypothèse que de futures mesures physiologiques devront valider.

5
Sur le terrain

Quarante poissons, deux océans

Les mesures ont été faites en conditions réelles, lors de sorties de pêche commerciales. Ci-dessous, chaque rond est un poisson suivi : plein s’il est arrivé vivant au bateau, vide s’il était mort.

Méditerranée · 2022–2023
Golfe du Lion
Palangre thon rouge · navire Trois Frères II, adhérent SATHOAN
Thon rouge7
Requins, raies3
Poisson-lune1

Océan Indien · 2023
La Réunion
Palangre thons et espadon · navires Ichtys et Petite Crevette
Thons4
Espadon6
Requins, raies5
Autres espèces14

vivant au bateau    
mort au bateau    
Thons de La Réunion : germon et albacore. Autres : coryphène, barracuda, etc.

Rien n’aurait été possible sans les patrons et les équipages qui ont accepté d’embarquer ces capteurs pendant leurs sorties. Une recherche menée avec les pêcheurs, et pas seulement sur eux.

Et pour la pêche ?

Savoir ce qui se passe avant de virer la ligne

Mieux relâcher
Connaître l’état d’une prise accessoire sans la hisser à bord, et la remettre à l’eau plus vite, en meilleur état.

Protéger les petits thons
Le thon s’épuise vite : savoir quand aide à mieux préserver les individus sous la taille, qui doivent être relâchés.

Bien-être et qualité
Moins de stress avant la mise à mort, c’est mieux pour l’animal et pour la qualité de la chair.

SmartSnap

La suite · SMARTSNAP 2 (2024 – 2027)
Une palangre qui reconnaît sa prise et relâche ce qu’elle ne cherche pas
Prochaine étape : identifier l’espèce à partir de sa façon de se débattre, puis libérer automatiquement les espèces non ciblées, sans attendre le virage.

Un travail collectif

L’article est signé par douze auteurs, dont Bertrand Wendling et Nolwenn Cosnard pour la SATHOAN. Il s’inscrit dans la thèse d’Antoine Landreau (MARBEC), son premier auteur, avec le CNRS, l’Ifremer, l’IRD, l’Université de Montpellier (laboratoires MARBEC et LIRMM), l’UMR ENTROPIE et la société réunionnaise COOOL.

Partenaires

CNRS, Ifremer, SATHOAN, COOOL

Avec le soutien de
Union européenne – FEAMPA
France Filière Pêche

Article en accès libre
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Landreau A., Kerzérho V., Derridj O., Wendling B., Cosnard N., Boguais A., Leloup P., Pimenta P., Bonhommeau S., Chanut J., Nieblas A.-E., Rouyer T. (2026). A first multi-sensor gear-based characterisation of the behaviour of target and bycatch species during pelagic longline capture. Fisheries Research, 303, 107892. doi.org/10.1016/j.fishres.2026.107892