À la palangre, chaque hameçon pêche seul, loin du bateau, parfois pendant des heures. Ce qui s’y passe restait jusqu’ici invisible.
Jusqu’à présent, on ne connaissait l’état d’un poisson qu’une fois hissé à bord, grâce à une prise de sang. C’est une photo prise au pire moment, qui oblige à manipuler l’animal. L’étude publiée par la SATHOAN et ses partenaires scientifiques change d’approche : on n’équipe plus le poisson, on équipe la ligne.
Le dispositif
Un petit boîtier qui écoute la ligne
secousses
direction (boussole)
rotation
température
Ce que voit le capteur
La vie d’un hameçon, en cinq temps
Le graphique ci-dessous montre la profondeur du capteur pendant une sortie : la surface est en haut, le fond en bas, le temps s’écoule de gauche à droite. Chaque étape laisse une trace reconnaissable.
Illustration simplifiée, d’après la figure 3 de l’article. Selon les poissons, la phase de combat a duré de 3 minutes à 19 heures.
Premier résultat
Le thon sprinte, le requin tient la distance
Chaque espèce a sa propre façon de se débattre. Le contraste le plus net oppose le thon rouge, espèce ciblée, et le requin peau bleue, prise accessoire. Les barres comparent l’agitation du poisson au début et à la fin du combat.
Tendances moyennes par plongée, sur une échelle commune aux deux espèces, d’après la figure 6 de l’article.
Deuxième résultat
Le capteur voit venir l’épuisement
Chez les thons, le comportement au bout de la ligne permet de distinguer ceux qui survivent de ceux qui meurent avant d’être remontés. Les deux profils ne se ressemblent pas.
- Plongées de moins en moins profondes
- Mouvements qui se calment progressivement
- Arrive vivant au bateau
- Plongées plus profondes et plus longues
- Mouvements plus amples et plus rapides
- Puis plus rien : l’animal est mort sur la ligne
Profils simplifiés, d’après l’analyse statistique des plongées (figure 8 de l’article). Même tendance observée chez l’albacore et le germon à La Réunion.
Des résultats à confirmer. Les effectifs sont encore faibles : 7 thons rouges, 4 requins peau bleue, et plusieurs espèces représentées par un seul individu. Le lien entre comportement et épuisement reste une hypothèse que de futures mesures physiologiques devront valider.
Sur le terrain
Quarante poissons, deux océans
Les mesures ont été faites en conditions réelles, lors de sorties de pêche commerciales. Ci-dessous, chaque rond est un poisson suivi : plein s’il est arrivé vivant au bateau, vide s’il était mort.
vivant au bateau
mort au bateau
Thons de La Réunion : germon et albacore. Autres : coryphène, barracuda, etc.
Rien n’aurait été possible sans les patrons et les équipages qui ont accepté d’embarquer ces capteurs pendant leurs sorties. Une recherche menée avec les pêcheurs, et pas seulement sur eux.
Savoir ce qui se passe avant de virer la ligne
Un travail collectif
L’article est signé par douze auteurs, dont Bertrand Wendling et Nolwenn Cosnard pour la SATHOAN. Il s’inscrit dans la thèse d’Antoine Landreau (MARBEC), son premier auteur, avec le CNRS, l’Ifremer, l’IRD, l’Université de Montpellier (laboratoires MARBEC et LIRMM), l’UMR ENTROPIE et la société réunionnaise COOOL.

Landreau A., Kerzérho V., Derridj O., Wendling B., Cosnard N., Boguais A., Leloup P., Pimenta P., Bonhommeau S., Chanut J., Nieblas A.-E., Rouyer T. (2026). A first multi-sensor gear-based characterisation of the behaviour of target and bycatch species during pelagic longline capture. Fisheries Research, 303, 107892. doi.org/10.1016/j.fishres.2026.107892